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Migraine : comprendre la douleur et explorer des pistes pour la soulager

Bien plus qu’un simple mal de tête, la migraine est une maladie neurologique. Habitudes de vie, compléments, médicaments : voici ce que la recherche permet réellement d’affirmer.

Temps de lecture : 9 minutes


Introduction

Une douleur qui bat d’un seul côté de la tête, une lumière devenue insupportable, le moindre bruit qui résonne comme une agression, l’envie de s’allonger dans le noir et de ne plus bouger. Pour beaucoup de personnes, la migraine, c’est cela : une crise qui suspend la journée, parfois pendant des heures.

Ce n’est pas « un gros mal de tête », et ce n’est ni une faiblesse ni une question de volonté. La migraine est une maladie neurologique fréquente, plus souvent observée chez les femmes que chez les hommes. Elle est aujourd’hui mieux comprise, et il existe des pistes, médicales et quotidiennes, pour en limiter l’impact.

Cet article fait le point sur ce que l’on sait de la migraine, sur les habitudes qui peuvent aider certaines personnes, sur les traitements disponibles en France et sur les limites de ce que la science permet d’affirmer à ce jour.

En bref

  • La migraine est une maladie neurologique, pas un simple mal de tête. Elle s’accompagne souvent de nausées et d’une gêne à la lumière et au bruit.
  • Les déclencheurs varient beaucoup d’une personne à l’autre : sommeil irrégulier, stress, repas sautés, variations hormonales, entre autres. Aucun n’est universel.
  • Un rythme régulier (sommeil, repas), une activité physique douce et la gestion du stress figurent parmi les pistes étudiées, avec des effets réels mais modestes.
  • Le magnésium et la riboflavine (vitamine B2) sont classés comme probablement efficaces en prévention par une recommandation de référence, mais les compléments se discutent avec un professionnel de santé.
  • Des traitements de crise et de fond existent. Si les crises sont fréquentes ou handicapantes, une consultation médicale est indiquée.

Comprendre la migraine

Ce qui se passe pendant une crise

La migraine implique le système nerveux, notamment le nerf trijumeau, qui transmet la douleur au niveau du visage et de la tête, et certaines substances chimiques du cerveau, dont un peptide appelé CGRP. Pendant une crise, ce système s’active de façon excessive, ce qui entraîne la douleur mais aussi d’autres symptômes. Les mécanismes exacts ne sont pas encore entièrement élucidés.

Migraine ou mal de tête ?

Une crise dure en général de 4 à 72 heures. La douleur est souvent pulsatile, d’intensité modérée à forte, plutôt localisée d’un côté, et aggravée par l’effort. Elle s’accompagne fréquemment de nausées, de vomissements et d’une gêne face à la lumière et au bruit.

Chez environ une personne migraineuse sur cinq, la douleur s’accompagne d’une aura : des troubles visuels (points lumineux, lignes en zigzag), des fourmillements ou des difficultés de langage, généralement transitoires. On parle alors de migraine avec aura, un cas particulier qui appelle quelques précautions (voir plus bas).

Des déclencheurs personnels

Chaque personne a son propre profil. Parmi les facteurs fréquemment rapportés : le manque ou l’excès de sommeil, le stress ou son relâchement après une période tendue, les repas sautés, la déshydratation, les variations hormonales, certains contextes sensoriels (lumière vive, odeurs, bruit) ou les changements de météo.

Un facteur souvent cité n’est pas forcément un déclencheur pour vous. Certains signes annonciateurs de la crise, comme une envie de sucre ou une fatigue inhabituelle, sont parfois pris à tort pour des causes.

Que faire pendant une crise

Quelques gestes sont souvent décrits comme apaisants : s’isoler dans une pièce calme et peu éclairée, s’allonger, boire par petites gorgées, appliquer du froid sur le front ou la nuque si cela soulage.

Côté médicaments, les traitements de crise comprennent le paracétamol, l’aspirine et certains anti-inflammatoires pour les crises légères à modérées, et les triptans, des médicaments spécifiques de la migraine. Les triptans sont délivrés uniquement sur ordonnance en France. Ils se prennent dès le début de la céphalée, et si une première prise n’a pas soulagé la crise, il n’est pas recommandé d’en reprendre une seconde pour la même crise. Des précautions s’appliquent en cas de facteurs de risque cardiovasculaire, d’où l’intérêt d’un avis médical pour le choix du traitement.

Un point de vigilance : la prise trop fréquente d’antalgiques peut elle-même entretenir les maux de tête. Les repères habituels sont d’au moins 10 jours par mois pour les triptans et les associations d’antalgiques, et d’au moins 15 jours par mois pour les antalgiques simples. Au-delà, parlez-en à un médecin.

Les principales pistes du quotidien

Un rythme de sommeil régulier

Pourquoi cela peut être intéressant. Le cerveau migraineux semble particulièrement sensible aux variations. Des horaires de coucher et de lever stables sont fréquemment associés à moins de crises.

Comment l’intégrer. Vous pouvez commencer par viser des horaires proches en semaine et le week-end, plutôt que de « rattraper » le sommeil le dimanche.

À garder en tête. Trop dormir peut aussi déclencher une crise chez certaines personnes. La régularité compte davantage que la durée.

Des repas réguliers et une bonne hydratation

Pourquoi cela peut être intéressant. Le jeûne prolongé et la déshydratation figurent parmi les déclencheurs les plus souvent rapportés.

Comment l’intégrer. Une approche simple consiste à ne pas laisser passer de longues plages sans manger, et à garder une bouteille d’eau à portée de main.

À garder en tête. Les données sur l’hydratation sont limitées, et boire davantage n’est pas un traitement de la migraine en soi.

Une activité physique douce et progressive

Pourquoi cela peut être intéressant. Une revue systématique de 2019 a observé qu’une activité aérobie régulière (marche rapide, jogging, vélo) est associée à une petite diminution du nombre de jours de migraine.

Comment l’intégrer. Si cela vous convient, essayez des séances modérées, deux à trois fois par semaine, avec échauffement, et augmentez très progressivement.

À garder en tête. L’effet est modeste. Un effort trop intense et soudain peut au contraire déclencher une crise, et l’activité est en général déconseillée pendant une crise.

La gestion du stress et de la tension

Pourquoi cela peut être intéressant. Le stress est l’un des déclencheurs les plus cités. La relaxation, la respiration lente et les thérapies cognitives et comportementales de gestion du stress font partie des approches que la Haute Autorité de santé mentionne comme pouvant être utilisées chez certains patients.

Comment l’intégrer. Quelques minutes de respiration calme ou de relaxation par jour, à un moment fixe, peuvent constituer un point de départ réaliste.

À garder en tête. Ces méthodes complètent les traitements, sans les remplacer, et leur effet varie selon les personnes.

Certains nutriments et compléments

Pourquoi cela peut être intéressant. Le magnésium et la riboflavine (vitamine B2) sont classés comme probablement efficaces pour prévenir la migraine par la recommandation américaine de référence de 2012. La coenzyme Q10 est classée comme possiblement efficace. Tous trois interviennent dans le métabolisme énergétique des cellules.

Comment l’intégrer. Le magnésium est présent dans les oléagineux, les légumineuses, les céréales complètes et les légumes verts. Pour les compléments, la forme, la dose et la durée se choisissent avec un professionnel de santé.

À garder en tête. Les résultats sont hétérogènes. Les doses testées dans les essais (par exemple 600 mg de magnésium par jour) dépassent celles des compléments courants et peuvent provoquer des troubles digestifs. La coenzyme Q10 peut interagir avec certains médicaments, notamment un anticoagulant comme la warfarine. Ne démarrez pas de forte dose seul, en particulier en cas de traitement en cours ou de grossesse.

Tenir un carnet de migraine

Pourquoi cela peut être intéressant. Noter la date des crises, leur durée, leur intensité, les médicaments pris et les circonstances permet d’identifier d’éventuels déclencheurs personnels et d’aider le médecin à ajuster la prise en charge.

Comment l’intégrer. Un simple carnet ou une application suffit, avec quelques lignes par crise.

À garder en tête. Il ne s’agit pas de tout surveiller au quotidien, mais de repérer des tendances sur plusieurs semaines.

Ce que dit la science

Sur l’exercice physique, une revue systématique avec méta-analyse publiée dans The Journal of Headache and Pain en 2019 (Lemmens et coll.), portant sur six études et 357 personnes, a observé une diminution moyenne d’environ 0,6 jour de migraine par mois après 10 à 12 semaines d’exercice aérobie. Les auteurs jugent le niveau de preuve modéré et l’effet modeste, et ne peuvent pas conclure sur l’intensité ou la durée des crises.

Sur le magnésium, une méta-analyse publiée dans Pain Physician en 2016 (Chiu et coll.), regroupant dix essais randomisés sur le magnésium par voie orale, a observé une réduction de la fréquence et de l’intensité des crises. Les auteurs signalent toutefois que certains essais n’avaient pas une méthode de randomisation adéquate. La recommandation de l’American Academy of Neurology et de l’American Headache Society (Holland et coll., Neurology, 2012) classe le magnésium et la riboflavine comme probablement efficaces (niveau B) et la coenzyme Q10 comme possiblement efficace (niveau C). Cela suggère un intérêt, sans permettre d’affirmer que ces compléments préviennent les migraines chez tous.

Pour l’alimentation, les preuves en faveur de régimes d’exclusion sont faibles : les listes d’aliments « déclencheurs » ne sont pas confirmées chez tous, et supprimer des aliments sans raison peut compliquer inutilement l’alimentation.

Pour toutes ces pistes, il s’agit d’associations ou d’effets modestes, pas de garanties. La migraine répond aussi à des facteurs génétiques et hormonaux que l’hygiène de vie seule ne modifie pas.

Ce qui peut changer au quotidien

À court terme. Un carnet de bord et un rythme plus régulier peuvent aider à mieux comprendre ses crises.

Sur plusieurs semaines. Certaines personnes remarquent une évolution de la fréquence ou de l’intensité des crises avec des habitudes stables. L’effet d’un complément, s’il est discuté avec un professionnel, ne se juge en général qu’après plusieurs semaines à environ trois mois.

À plus long terme. Un suivi médical permet d’ajuster un traitement de fond si nécessaire. En France, des anticorps ciblant le CGRP existent pour les migraines sévères : à la date de rédaction (septembre 2026), deux d’entre eux sont disponibles en pharmacie sur prescription d’un neurologue mais ne sont pas remboursés par l’Assurance maladie. La HAS les situe chez les personnes ayant au moins 8 jours de migraine par mois, en échec d’au moins deux traitements de fond et sans maladie cardiovasculaire. Leur statut peut évoluer.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre migraine et céphalée de tension ?
La céphalée de tension est plutôt une douleur en étau, des deux côtés, d’intensité légère à modérée, sans nausée. La migraine est souvent unilatérale, pulsatile, et s’accompagne de nausées et d’une gêne à la lumière ou au bruit.

Le chocolat ou le fromage déclenchent-ils des migraines ?
Chez certaines personnes, peut-être. Les données sont inégales, et l’envie de chocolat peut être un signe avant-coureur de la crise plutôt que sa cause.

Le café aide-t-il ou aggrave-t-il ?
Chez certaines personnes, une petite quantité peut soulager, chez d’autres, l’excès ou l’arrêt brutal déclenche des crises. La régularité de la consommation compte.

Les migraines sont-elles héréditaires ?
Il existe une composante familiale importante, mais tous les facteurs génétiques ne sont pas connus.

Peut-on prendre le même médicament à chaque crise ?
Cela dépend du traitement. Les antalgiques trop fréquents peuvent entretenir les maux de tête, et les triptans ont des limites de prise. Un médecin ou un pharmacien peut vous indiquer un schéma adapté.

Quand faut-il consulter ?
Si les crises sont fréquentes, perturbent le travail ou la vie quotidienne, si les traitements habituels ne suffisent plus, ou si le profil des maux de tête change. Certains signes justifient une consultation urgente (voir ci-dessous).

Quand consulter en urgence

Appelez le 15 ou le 112 en cas de mal de tête soudain et très violent, de fièvre avec raideur de la nuque, de faiblesse d’un membre, de trouble de la parole ou de la vision inhabituel et persistant, de confusion, ou de maux de tête après un traumatisme.

Demandez aussi un avis médical rapide en cas de première migraine après 50 ans, d’aura inhabituellement longue, de maux de tête qui s’aggravent progressivement, de grossesse ou de post-partum, ou d’antécédent de cancer ou de déficit immunitaire.

Conclusion

La migraine n’est ni une faiblesse ni un caprice : c’est une maladie reconnue, avec des mécanismes propres et des réponses très variables d’une personne à l’autre. Il n’existe pas de solution unique, mais un ensemble de pistes, du sommeil régulier aux traitements médicaux, qui peuvent se combiner à votre rythme.

Comprendre ses propres schémas, avancer par petites étapes et s’appuyer sur un professionnel de santé quand les crises pèsent trop souvent sont sans doute les approches les plus durables pour soulager une migraine.

À propos de cet article

Les informations proposées sont générales et ne remplacent pas l’avis d’un médecin, d’un pharmacien ou d’un autre professionnel de santé.

Femmes. En cas de migraine avec aura, la contraception combinée (œstroprogestative) est contre-indiquée en raison d’un risque accru d’accident vasculaire cérébral ; des alternatives existent, comme la pilule progestative seule ou le stérilet. Pendant la grossesse, le paracétamol est généralement l’antalgique de choix, tandis que les anti-inflammatoires sont contre-indiqués à partir de 24 semaines d’aménorrhée et à éviter avant sur avis médical. Les anticorps anti-CGRP sont contre-indiqués par précaution. Parlez-en à un professionnel de santé avant tout traitement si vous êtes enceinte ou envisagez une grossesse.

Autres situations. Demandez conseil avant de prendre un complément alimentaire en cas de maladie rénale, de traitement médicamenteux en cours (notamment anticoagulants), ou pour un enfant.

Sources

  • Lemmens J. et coll. The effect of aerobic exercise on the number of migraine days, duration and pain intensity in migraine: a systematic literature review and meta-analysis. The Journal of Headache and Pain, 2019;20:16.
  • Chiu H-Y. et coll. Effects of intravenous and oral magnesium on reducing migraine: a meta-analysis of randomized controlled trials. Pain Physician, 2016.
  • Holland S. et coll. Evidence-based guideline update: NSAIDs and other complementary treatments for episodic migraine prevention in adults. Neurology, 2012 (AAN/AHS).
  • Haute Autorité de santé, Commission de la transparence : avis sur Emgality (galcanézumab), Ajovy (frémanézumab) et Aimovig (érénumab).
  • Résumé des caractéristiques du produit du sumatriptan, base de données publique des médicaments (medicaments.gouv.fr).
  • Headache Classification Committee of the International Headache Society. The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition. Cephalalgia, 2018.

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