Le Bon Nutriment

Et si le cerveau n’était pas un seul organe, mais deux ?

Une étude américaine bouscule un modèle vieux de plusieurs décennies sur l’origine embryonnaire du cerveau humain.

Temps de lecture : 6 minutes

Introduction

Depuis l’école, on nous enseigne la même image : le cerveau est un organe unique, qui se forme progressivement à partir d’un même groupe de cellules embryonnaires. Une équipe de chercheurs de Stanford Medicine vient de remettre cette idée en question, avec des résultats publiés le 18 septembre 2026 dans la revue Nature Neuroscience.

Leur conclusion, en apparence surprenante : ce que nous appelons « le cerveau » serait en réalité l’assemblage de deux systèmes nerveux distincts, apparus séparément au cours de l’évolution, puis réunis dans une même structure. Cette découverte ne change rien à la vie quotidienne des lecteurs, mais elle éclaire un mystère qui freinait la recherche sur certaines maladies neurodégénératives depuis des décennies.

En bref

  • Des chercheurs de Stanford ont montré que le cerveau antérieur (siège du langage, du raisonnement, de la conscience) et le cerveau postérieur, ou tronc cérébral (qui gère la respiration, le rythme cardiaque, la déglutition), proviennent de deux populations de cellules progénitrices différentes.
  • Ce constat a été établi chez l’embryon de souris, puis étendu à l’humain.
  • Il explique pourquoi il était jusqu’ici très difficile de fabriquer en laboratoire des neurones du tronc cérébral.
  • Cette avancée ouvre une piste concrète pour étudier des maladies comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) et l’amyotrophie spinale infantile.
  • Il ne s’agit pas de deux cerveaux séparés dans le crâne, mais de deux lignées cellulaires distinctes à l’origine d’un même organe fonctionnel.

Comprendre la découverte

Le cerveau adulte se divise classiquement en trois grandes régions : le cerveau antérieur, le mésencéphale (ou cerveau moyen) et le cerveau postérieur, aussi appelé tronc cérébral. Le modèle en vigueur depuis des décennies postulait que ces trois régions naissaient d’une même lignée de cellules souches neurales, qui se différenciait progressivement au fil du développement embryonnaire.

En observant les tout premiers stades du développement chez des embryons de souris, l’équipe dirigée par Kyle Loh a identifié deux populations distinctes de cellules progénitrices, présentes dès les premières étapes de la formation du système nerveux. L’une donne naissance au cerveau antérieur et au mésencéphale, l’autre au cerveau postérieur. Ces deux lignées se distinguent notamment par leur chromatine, c’est-à-dire la manière dont l’ADN est organisé et rendu accessible dans la cellule, ce qui oriente leur devenir sur des trajectoires de développement différentes et parallèles.

Un mot de l’un des auteurs de l’étude, Rayyan Jokhai, résume bien la surprise initiale de l’équipe : le terme « cerveau » sous-entend un organe unique, avec une origine unique. Or ces deux systèmes nerveux existaient déjà, séparément, il y a environ 500 millions d’années, avant de fonctionner aujourd’hui comme un tout.

Pourquoi cela bloquait la recherche en laboratoire

Ce constat apporte une explication à un problème bien concret pour les chercheurs en biologie cellulaire : la difficulté à produire des neurones du tronc cérébral à partir de cellules souches humaines en laboratoire, contrairement aux neurones du cerveau antérieur, obtenus avec plus de succès depuis plusieurs années.

Selon l’équipe de Stanford, les tentatives précédentes cherchaient probablement à transformer des cellules progénitrices du cerveau antérieur en neurones du tronc cérébral, une opération qui, à la lumière de ces travaux, n’est tout simplement pas possible : les deux lignées cellulaires suivent des trajectoires distinctes dès le départ. En partant cette fois des bonnes cellules progénitrices, les chercheurs ont réussi à orienter des cellules souches humaines vers des neurones moteurs fonctionnels du tronc cérébral.

Ce que dit la science

L’étude a été publiée le 18 septembre 2026 dans Nature Neuroscience par une équipe associant Stanford, Caltech et l’université de Californie à San Francisco, sous la direction de Kyle Loh, professeur associé de biologie du développement, avec Carolyn Dundes et Rayyan Jokhai comme premiers auteurs. Le travail combine des expériences sur embryons de souris et des essais de différenciation de cellules souches humaines en laboratoire.

Il est utile de préciser la portée exacte de ces résultats. La démonstration directe de deux lignées progénitrices distinctes a été faite chez la souris ; son application à l’espèce humaine s’appuie sur des données complémentaires obtenues à partir de cellules souches humaines, cohérentes avec le modèle observé chez l’animal, mais la cartographie complète chez l’embryon humain reste plus difficile à établir pour des raisons éthiques et techniques évidentes. Le terme « deux organes » doit donc être compris au sens développemental : deux origines cellulaires distinctes qui convergent vers un seul organe fonctionnel adulte, et non deux structures anatomiquement séparées dans le crâne.

Cette nuance n’enlève rien à l’intérêt de la découverte pour la recherche appliquée. Les maladies évoquées par les auteurs, la SLA et l’amyotrophie spinale, touchent notamment les neurones moteurs du tronc cérébral, responsables de fonctions vitales comme la déglutition et la respiration. Pouvoir cultiver ces neurones en laboratoire ouvre la possibilité de mieux comprendre leur dégénérescence et de tester de futurs traitements, ce que les auteurs présentent comme une perspective de recherche et non comme un traitement disponible à court terme.

Questions fréquentes

Le cerveau humain est-il vraiment composé de deux organes séparés ?
Pas au sens anatomique. La distinction porte sur l’origine cellulaire embryonnaire : deux lignées de cellules progénitrices différentes donnent naissance aux différentes régions du cerveau, qui forment ensuite un seul organe fonctionnel.

Cette découverte a-t-elle été faite sur des cerveaux humains ?
Les expériences princeps ont été menées sur des embryons de souris. Les chercheurs ont ensuite utilisé des cellules souches humaines pour vérifier que le même principe s’applique à l’espèce humaine.

En quoi cela aide-t-il la recherche médicale ?
Cela permet, pour la première fois, de produire en laboratoire des neurones du tronc cérébral fonctionnels, une étape nécessaire pour étudier des maladies comme la SLA ou l’amyotrophie spinale infantile.

Est-ce que cela remet en cause tout ce qu’on savait sur le cerveau ?
Non. Cela précise notre compréhension du développement embryonnaire du cerveau, sans remettre en question son fonctionnement à l’âge adulte ni les connaissances établies en neuroanatomie.

Conclusion

Cette étude illustre bien comment la science avance parfois moins par une révolution spectaculaire que par un ajustement précis d’un modèle qu’on croyait acquis. En distinguant deux origines cellulaires là où l’on pensait n’en trouver qu’une, les chercheurs de Stanford offrent surtout un nouvel outil concret : la possibilité de cultiver en laboratoire des cellules jusqu’ici hors d’atteinte, avec un intérêt direct pour la compréhension de maladies neurodégénératives sévères.

À propos de cet article

Les informations présentées dans cet article sont d’ordre général et s’appuient sur des travaux de recherche publiés dans une revue scientifique à comité de lecture. Elles ne constituent pas un avis médical. Pour toute question relative à une maladie neurologique ou neurodégénérative, il est recommandé de consulter un professionnel de santé.

Sources

  • Dundes, C., Jokhai, R., et al. (2026). Two parallel neural ectoderm progenitors contribute to the developing brain. Nature Neuroscience.
  • Stanford Medicine News Center, communiqué du 18 septembre 2026.
  • Stanford Report, « The human brain is two separate organs, study finds ».

Mot-clé principal : cerveau deux organes

Mots-clés secondaires : développement embryonnaire cerveau, cerveau antérieur, tronc cérébral, neurones tronc cérébral, SLA, amyotrophie spinale, Stanford étude cerveau, Nature Neuroscience 2026, progéniteurs neuronaux, cellules souches neurones

Retour en haut