Utilisé pour extraire la plupart des huiles de colza et de tournesol, il ne figure sur aucune étiquette. Les autorités européennes ont décidé d’en réévaluer la sécurité.
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Introduction
Sur l’étiquette d’une bouteille d’huile de tournesol ou de colza, on lit « huile végétale raffinée », parfois une origine, rarement davantage. Un détail de fabrication n’y figure jamais : dans la grande majorité des cas, ces huiles ont été extraites avec de l’hexane, un solvant issu du raffinage du pétrole.
Le sujet est revenu dans le débat public en 2025, avec des enquêtes journalistiques et associatives, puis avec un rapport parlementaire rendu public le 29 janvier 2026. Il suscite de l’inquiétude, parfois plus que ce que les données permettent d’affirmer, parfois moins que ce que certains acteurs voudraient laisser croire.
Voici ce que l’on sait : ce qu’est l’hexane, pourquoi on l’utilise, ce qui reste dans l’huile, ce que disent les données de toxicité et ce qu’il est raisonnable de faire en attendant l’avis européen.
En bref
- L’hexane est un solvant d’origine pétrolière qui permet d’extraire presque toute l’huile des graines. Il est classé « auxiliaire technologique » : il n’a donc pas à être mentionné sur l’étiquette.
- Il est autorisé dans l’Union européenne, avec une limite de 1 mg par kilo d’huile (directive 2009/32/CE). Ses effets neurotoxiques sont établis chez des travailleurs exposés par inhalation, à des niveaux bien supérieurs à ceux des aliments.
- Les données ne montrent pas de toxicité aux faibles doses retrouvées dans les huiles, mais elles ne démontrent pas non plus l’innocuité d’une exposition chronique. L’EFSA a lancé une réévaluation, dont l’avis est attendu pour 2027.
- Les huiles biologiques, vierges ou de première pression à froid sont extraites sans solvant.
Comprendre le rôle de l’hexane
Pourquoi les industriels l’utilisent
Pour extraire l’huile d’une graine, on commence généralement par un pressage mécanique. Celui-ci laisse une partie de l’huile dans les résidus. L’hexane permet de la récupérer : selon l’article de Futura Sciences, il fait passer le rendement d’environ 80 % à 97 %. Il est efficace, peu coûteux et disponible partout, ce qui explique son usage généralisé depuis plusieurs décennies.
En France, cette méthode concerne principalement les huiles de tournesol et de colza, selon une note de l’Assemblée nationale. Les auteurs de la proposition de loi déposée en 2026 estiment qu’environ 95 % des huiles de graines du marché sont obtenues ainsi.
Ce qui reste dans l’huile
Après l’extraction, l’huile est chauffée pour éliminer le solvant, à hauteur d’environ 99,9 % selon Futura Sciences. Il peut toutefois en subsister des traces. Pour les huiles, la limite européenne est de 1 mg par kilo. Elle est de 10 mg par kilo dans les produits à base de protéines dégraissées. L’Australie et la Nouvelle-Zélande appliquent une limite plus basse, de 0,3 mg par kilo pour les huiles.
L’hexane se retrouve aussi dans les tourteaux, c’est-à-dire les résidus de graines riches en protéines, utilisés pour nourrir les animaux d’élevage. Une enquête de Greenpeace France, publiée en 2025, a cherché des résidus dans différents produits de grande consommation, dont des huiles et des produits animaux. L’organisation en a trouvé dans une majorité de produits testés. Les industriels répondent que les teneurs mesurées dans les huiles raffinées restent sous les seuils réglementaires.
Pourquoi l’étiquette n’en dit rien
L’hexane est considéré comme un auxiliaire technologique : une substance utilisée pendant la fabrication, mais qui n’est pas censée rester dans le produit fini. À ce titre, aucune mention n’est obligatoire. Une proposition de loi, portée notamment par le député Richard Ramos, vise à rendre cette information visible.
Les principaux points à connaître
Ce que l’on sait de la toxicité
Pourquoi c’est important. L’hexane est un neurotoxique reconnu. Chez des travailleurs exposés par inhalation, notamment dans l’industrie, des atteintes des nerfs périphériques ont été décrites. Elles sont liées à l’un de ses métabolites, le 2,5-hexanedione. L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) classe le n-hexane comme toxique pour le système nerveux en cas d’exposition répétée.
À garder en tête. Ces effets sont documentés pour de fortes doses ou des expositions professionnelles chroniques. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’ils surviennent aux niveaux retrouvés dans l’alimentation. L’étude OCL de 2025 mentionne aussi des effets possibles sur le foie, les reins et les systèmes immunitaire et reproducteur, toujours dans le contexte de fortes expositions.
Ce que l’on ne sait pas encore
Pourquoi c’est important. Aucune dose journalière tolérable n’a jamais été fixée pour l’hexane. La limite européenne de 1 mg/kg repose sur une évaluation de 1996, jamais réactualisée depuis. En 2024, l’EFSA a conclu que cette sécurité devait être réévaluée, faute de données suffisantes sur l’exposition réelle de la population et sur la toxicité orale à long terme.
À garder en tête. Une étude a retrouvé le métabolite toxique de l’hexane dans les urines de la population générale, probablement d’origine alimentaire. On ignore si ces faibles niveaux ont un effet sur la santé.
Comment choisir son huile
Comment l’intégrer. Les huiles issues de l’agriculture biologique sont obtenues sans hexane : seules des méthodes d’extraction mécaniques et physiques sont autorisées. Les huiles « vierges », « de première pression à froid » ou « pression mécanique » sont également extraites sans solvant. Elles coûtent souvent plus cher.
À garder en tête. La mention « huile végétale » seule désigne généralement une huile raffinée issue d’une extraction conventionnelle. L’huile d’olive est obtenue par procédé mécanique. Le label bio concerne le mode d’extraction, mais ne dit rien de la qualité nutritionnelle de l’huile elle-même.
Ce que dit la science
Réglementation et réévaluation. La directive 2009/32/CE autorise l’hexane comme solvant d’extraction, avec des limites maximales de résidus : 1 mg/kg dans les huiles et les graisses, 10 mg/kg dans les denrées contenant des protéines dégraissées. En septembre 2024, un rapport technique de l’EFSA a conclu à la nécessité de réévaluer la sécurité de l’hexane technique, en raison de lacunes sur son identité, ses impuretés, son usage, l’exposition de la population et la toxicologie. La Commission européenne a confié cette réévaluation à l’EFSA en mai 2025. L’échéance indiquée par l’agence est le 22 novembre 2027.
Toxicité. Un article publié dans la revue OCL en 2025 (Carré et coll.) présente l’hexane comme un solvant efficace, mais toxique, et examine les alternatives possibles. Il rapporte que les autorités européennes jugent le risque acceptable pour les consommateurs, compte tenu de la capacité du raffinage à ramener les résidus sous 1 mg/kg. D’autres revues estiment qu’il n’existe pas de preuve solide d’innocuité en cas d’exposition chronique, même à faible niveau.
Position des industriels. La fédération européenne de l’industrie des huiles végétales, FEDIOL, rappelle que l’EFSA n’a identifié aucun problème de santé immédiat et estime que l’exposition a probablement été surestimée dans le rapport de 2024.
Association ou causalité ? Aucune étude ne démontre à ce jour qu’une consommation d’huiles extraites à l’hexane provoque une maladie. Le lien avec des pathologies comme la maladie de Parkinson, évoqué par certains parlementaires, relève d’une suspicion et non d’un fait établi. À l’inverse, l’absence de preuve de danger aux faibles doses ne vaut pas preuve d’innocuité.
Les limites. Les données de toxicité les plus solides viennent de l’inhalation en milieu professionnel. Les données sur l’ingestion à faibles doses, sur le long terme et chez les enfants restent insuffisantes, ce que l’EFSA reconnaît elle-même.
Conseils pratiques
Si le sujet vous préoccupe, quelques pistes simples, sans chercher la perfection :
- Vous pouvez commencer par lire les étiquettes : « bio », « vierge », « première pression à froid » ou « pression mécanique » indiquent une extraction sans solvant.
- Une approche simple consiste à remplacer une seule huile, celle que vous utilisez le plus, plutôt que de tout changer.
- Si votre budget est serré, vous pouvez réserver les huiles vierges aux usages à cru (assaisonnement) et garder une huile plus classique pour la cuisson.
- Les huiles vierges ne supportent pas toutes la chaleur de la même manière : renseignez-vous sur le point de fumée de chaque huile avant de cuisiner.
- Variez les huiles (colza, olive, noix, etc.) plutôt que de reposer sur une seule.
Questions fréquentes
L’hexane est-il interdit dans l’alimentation ?
Non. Il est autorisé dans l’Union européenne comme solvant d’extraction, dans la limite de 1 mg/kg pour les huiles.
Y a-t-il de l’hexane dans toutes les huiles ?
Non. Les huiles bio, vierges et de première pression à froid sont obtenues sans solvant. Les huiles raffinées conventionnelles de tournesol et de colza sont en revanche le plus souvent concernées.
Peut-on savoir si une huile conventionnelle a été extraite à l’hexane ?
Pas par l’étiquette, car cette information n’est pas obligatoire. En l’absence de mention bio, vierge ou pression à froid, l’extraction à l’hexane est probable.
Les traces d’hexane dans l’huile sont-elles dangereuses ?
Les données actuelles ne montrent pas de danger aux niveaux retrouvés dans les huiles, mais elles ne prouvent pas non plus l’absence de risque à long terme. C’est précisément ce que l’EFSA doit réévaluer.
La cuisson ou le raffinage éliminent-ils l’hexane ?
Le raffinage en retire l’essentiel, environ 99,9 % selon les sources citées. Il peut en rester des traces. Aucun geste domestique ne permet de les retirer.
Existe-t-il des alternatives à l’hexane pour l’industrie ?
Oui. Le 2-méthyloxolane, un solvant d’origine végétale évalué par l’EFSA, est cité comme alternative. L’extraction purement mécanique en est une autre, mais avec un rendement plus faible.
Conclusion
L’hexane illustre un décalage fréquent en alimentation : un procédé légal, encadré, mais que les consommateurs ne voient pas, et dont l’évaluation de sécurité date de près de trente ans. Les données disponibles ne justifient pas d’alarmer, mais elles justifient la réévaluation en cours.
En attendant, choisir une huile bio ou de première pression à froid est une option raisonnable pour qui souhaite réduire son exposition. Ce n’est ni une obligation ni une garantie de santé : l’équilibre global de l’alimentation compte bien davantage que ce seul détail de fabrication.
À propos de cet article
Les informations présentées ici sont générales et ne remplacent pas un avis médical ou professionnel personnalisé. Elles reflètent l’état des connaissances et de la réglementation au moment de la rédaction ; l’avis de l’EFSA, attendu pour 2027, pourrait modifier ce constat. En cas de symptômes neurologiques inexpliqués, d’exposition professionnelle à des solvants ou de grossesse avec exposition à des produits chimiques, il est préférable de demander conseil à un médecin ou à un médecin du travail.
Sources
- Parlement européen et Conseil. Directive 2009/32/CE du 23 avril 2009 relative au rapprochement des législations des États membres concernant les solvants d’extraction utilisés dans la fabrication de denrées alimentaires et de leurs ingrédients.
- EFSA. Rapport technique sur la nécessité de réévaluer la sécurité de l’hexane technique utilisé comme solvant d’extraction dans les denrées alimentaires, septembre 2024.
- EFSA. Appel à données pour la réévaluation de l’hexane technique utilisé comme solvant d’extraction (22 juin au 23 octobre 2025), et présentation au Forum consultatif, octobre 2025.
- Carré P. et coll. Introduction générale à la série « Solvent solutions : comparing extraction methods for edible oils and proteins in a changing regulatory landscape ». OCL – Oilseeds & fats, Crops and Lipids, vol. 32, 2025.
- Assemblée nationale. Réponses aux questions écrites sur l’usage de l’hexane dans la production d’huiles végétales (directive 2009/32/CE, limites de résidus), XVIIe législature.
- Assemblée nationale. Proposition de loi n° 3023 visant à renforcer la transparence sur la présence d’hexane dans les denrées alimentaires, XVIIe législature.
- Greenpeace France. Dossier de presse « Nos aliments contaminés à l’hexane », septembre 2025.
- Molénat V. « Cette substance issue du pétrole est dans nos huiles… sans être indiquée : faut-il s’inquiéter ? ». Futura Sciences, 2 février 2026.
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