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Jeûne de 24 heures : que se passe-t-il dans le corps, heure après heure ?

Passer une journée sans manger fait changer l’organisme de carburant, mais ce que l’on en attend est souvent plus spectaculaire que ce que montrent les études.

Temps de lecture : 7 minutes


Introduction

Un repas sauté par manque de temps, une journée de jeûne pratiquée par curiosité, par conviction religieuse ou pour essayer une méthode vue en ligne : passer 24 heures sans manger n’a rien d’exceptionnel. Beaucoup de personnes se demandent alors ce qui se passe réellement à l’intérieur de leur corps, et si ce qu’elles ressentent (faim, fatigue, maux de tête) est normal.

La première information utile est rassurante pour une personne en bonne santé : le corps est conçu pour traverser des périodes sans apport alimentaire. Il dispose de réserves, qu’il mobilise dans un ordre précis, et maintient la glycémie dans des limites normales. Ce « changement de carburant » est bien décrit en physiologie.

L’autre information est plus nuancée : le jeûne de 24 heures n’est ni dangereux pour tout le monde, ni particulièrement efficace pour perdre du poids, et il est clairement déconseillé dans plusieurs situations. Voici ce que l’on sait, avec les limites des données.


En bref

  • Pendant les premières heures, le corps utilise le glucose du dernier repas, puis puise dans ses réserves de glycogène, surtout stockées dans le foie.
  • Autour de 18 à 24 heures, ces réserves hépatiques sont en grande partie épuisées. Le corps utilise davantage ses graisses et fabrique des corps cétoniques. Ces horaires varient d’une personne à l’autre.
  • Faim, fatigue, irritabilité et maux de tête sont fréquents. Les maux de tête surviennent généralement après au moins 16 heures de jeûne.
  • Les revues d’essais cliniques ne montrent pas que le jeûne intermittent fait perdre davantage de poids qu’un conseil diététique classique.
  • Ce n’est pas adapté à tout le monde : grossesse, allaitement, diabète, traitement en cours, antécédents de troubles du comportement alimentaire, enfants et adolescents.

Comprendre ce qui se passe dans le corps

Un changement de carburant progressif

Après un repas, le glucose issu des aliments alimente les cellules, et l’excédent est stocké sous forme de glycogène, dans le foie et les muscles. Quand le jeûne commence, c’est ce glycogène hépatique qui maintient la glycémie. Selon les manuels de physiologie, le foie joue le rôle principal pendant les premières 24 heures.

Heure après heure : des repères, pas un calendrier

Les premières heures. Le corps termine de digérer et d’absorber le dernier repas. Puis l’insuline, l’hormone qui favorise le stockage, diminue progressivement, tandis qu’une autre hormone, le glucagon, augmente. Le foie libère alors le glucose de ses réserves.

Vers 12 à 16 heures. La baisse de l’insuline facilite la libération des graisses stockées dans les tissus adipeux. Le corps recourt de plus en plus aux acides gras comme source d’énergie. Chez beaucoup de personnes, cette transition commence autour de cette période, mais elle est progressive et non un interrupteur.

Vers 18 à 24 heures. Le glycogène du foie est, pour la plupart des adultes, en grande partie épuisé. Le foie transforme alors une partie des acides gras en corps cétoniques, que certains tissus, dont le cerveau, peuvent utiliser. Il fabrique aussi du glucose à partir d’autres molécules (glycérol, acides aminés) pour maintenir la glycémie. À 24 heures, les corps cétoniques sont en général présents en quantité modeste : on est au début de ce processus, pas en cétose profonde.

Ce qui varie. Ces horaires dépendent du contenu du dernier repas, de l’activité physique (qui épuise le glycogène plus vite), de la masse musculaire et de l’état métabolique. Les repères ci-dessus sont des moyennes, non des seuils.

Ce que l’on peut ressentir

Faim par vagues, parfois très marquée au moment habituel des repas, baisse d’énergie, difficultés de concentration, irritabilité, sensation de froid, vertiges en se levant, maux de tête. Ces sensations ne signifient pas nécessairement un problème. Elles s’expliquent en partie par la baisse du glucose, par l’absence d’habitudes (caféine, repas) et par la déshydratation, car une partie de l’eau vient normalement des aliments.


Les points à connaître avant d’essayer

L’hydratation

Pourquoi c’est important. Les aliments apportent une part de nos apports en eau. Sans repas, il est plus facile de se déshydrater sans s’en rendre compte, ce qui peut accentuer fatigue, vertiges et maux de tête.

Comment l’intégrer. Boire de l’eau régulièrement tout au long de la journée. Une infusion ou un thé non sucré conviennent également.

À garder en tête. Boire beaucoup d’un coup n’est pas utile. Les boissons sucrées ou les compléments interrompent le jeûne et sont à envisager différemment.

La caféine

Pourquoi c’est important. Le sevrage en caféine fait partie des causes évoquées des maux de tête pendant un jeûne. Pour une personne habituée à plusieurs cafés par jour, l’arrêt brutal peut compter autant que le jeûne lui-même.

Comment l’intégrer. Si le café ou le thé nature font partie de votre routine, les conserver est une option. L’important est de repérer ce qui déclenche vos symptômes.

À garder en tête. La caféine peut aussi accentuer l’anxiété ou les palpitations à jeun chez certaines personnes.

Le moment et le contexte

Pourquoi c’est important. Un jeûne se vit très différemment un jour de repos et un jour de travail physique, de conduite prolongée ou d’examen.

Comment l’intégrer. Choisir un jour calme, éviter l’effort intense, et prévoir une reprise alimentaire simple.

À garder en tête. Au moindre malaise (vertiges importants, palpitations, confusion, sueurs froides), il vaut mieux manger et, si cela persiste, demander un avis médical.

La reprise alimentaire

Pourquoi c’est important. Un repas très copieux ou très gras après un long jeûne peut être mal toléré par certaines personnes.

Comment l’intégrer. Une approche simple consiste à reprendre avec un repas équilibré et de taille raisonnable, en mangeant lentement. Aucune « recette de rupture » particulière n’est nécessaire pour un jeûne de 24 heures.

À garder en tête. Après un jeûne, la compensation par un repas excessif est fréquente et ne représente pas un échec.

Qui devrait éviter ou demander un avis médical avant

Pourquoi c’est important. Le jeûne peut être inadapté, voire risqué, dans plusieurs situations.

À garder en tête. Il est préférable de ne pas jeûner sans avis médical en cas de grossesse ou d’allaitement, de diabète (surtout sous insuline ou sous certains antidiabétiques, en raison du risque d’hypoglycémie), de traitement médicamenteux qui doit être pris avec des aliments, de maladie chronique (rénale, cardiaque, hépatique), de faible poids, de fragilité liée à l’âge, ainsi que chez l’enfant et l’adolescent. Les personnes ayant des antécédents de troubles du comportement alimentaire sont particulièrement concernées : le jeûne peut relancer des comportements de restriction ou d’hyperphagie.


Ce que dit la science

Un point de méthode d’abord. La plupart des études ne portent pas sur un jeûne isolé de 24 heures, mais sur des protocoles répétés de jeûne intermittent : jeûne un jour sur deux, jeûnes périodiques ou alimentation limitée à certaines heures. Leurs résultats ne se transposent donc qu’en partie à une journée de jeûne ponctuelle.

Jeûne et perte de poids. Une revue Cochrane publiée en 2026 (Garegnani et coll.) a analysé 22 essais randomisés, portant sur 1 995 adultes en surpoids ou obèses, en Amérique du Nord, en Europe, en Chine, en Australie et en Amérique du Sud. Elle conclut que le jeûne intermittent ne conduit pas à une perte de poids cliniquement plus importante qu’un conseil diététique classique, et que la différence avec l’absence d’intervention est faible. Les auteurs soulignent que les preuves disponibles sont de qualité limitée et que le jeûne peut convenir à certaines personnes, sans que les données justifient l’enthousiasme observé sur les réseaux sociaux.

Effets indésirables. Une méta-analyse publiée dans Nutrition Journal en 2024 (Zhong et coll.) a réuni 15 essais randomisés, soit 1 365 adultes en surpoids ou obèses. Elle n’a pas trouvé de différence significative entre jeûne intermittent et groupes témoins pour la fatigue, les maux de tête et les abandons. Ces essais portent toutefois sur des protocoles plus modérés qu’un jeûne complet de 24 heures, et sur des participants volontaires et suivis.

Maux de tête de jeûne. Une revue de la littérature publiée dans Headache en 2009 (Torelli et coll.) indique que ces céphalées ressemblent le plus souvent à des céphalées de tension. Leur probabilité augmente avec la durée du jeûne, et elles apparaissent généralement après au moins 16 heures. L’hypoglycémie et le sevrage en caféine sont les causes les plus souvent évoquées, sans que le mécanisme soit complètement élucidé. Dans un essai randomisé mené pendant un jeûne rituel de 25 heures, environ deux tiers des participants du groupe placebo (67,7 %) ont eu un mal de tête. L’échantillon était petit et spécifique, mais il donne un ordre de grandeur.

Les promesses fréquentes. Les bénéfices attribués au jeûne de 24 heures (« nettoyage » cellulaire, longévité, énergie accrue) reposent largement sur des études chez l’animal ou sur des mécanismes observés en laboratoire. Chez l’humain, les preuves directes sont limitées, et rien ne permet de promettre un effet sur la santé à long terme à partir d’un jeûne isolé.

Association ou causalité ? Des personnes qui pratiquent un jeûne régulier peuvent aussi manger plus sainement, faire plus d’activité physique ou suivre un mode de vie plus structuré. Les comparaisons observationnelles ne permettent pas de savoir ce qui revient au jeûne lui-même.

Les limites. Peu d’études longues, peu de données chez les personnes âgées, les femmes enceintes ou les personnes avec des maladies chroniques, et des protocoles très hétérogènes.


Conseils pratiques

Si vous souhaitez essayer malgré tout, et si votre situation ne présente pas de contre-indication :

  • Vous pouvez commencer par parler de votre projet à un médecin, surtout en cas de traitement ou de maladie chronique.
  • Une approche simple consiste à choisir une journée calme, sans effort physique intense ni obligations exigeantes.
  • Si cela vous convient, répartissez les boissons (eau, tisane, thé nature) tout au long de la journée.
  • Évitez de conduire ou de manipuler des machines si vous vous sentez étourdi.
  • Prévoyez à l’avance le repas de reprise, équilibré, pour ne pas décider sous l’effet de la faim.
  • Notez comment vous vous sentez. Si les sensations sont très désagréables, rien ne vous oblige à aller au bout.
  • Si le jeûne déclenche de la culpabilité, des pensées obsessionnelles sur la nourriture ou des comportements de contrôle, c’est un signal pour en parler à un professionnel de santé.

Questions fréquentes

Que se passe-t-il quand on ne mange pas pendant 24 heures ?
Le corps utilise d’abord le glycogène du foie, puis recourt davantage à ses graisses et fabrique des corps cétoniques. La glycémie est maintenue dans des limites normales chez une personne en bonne santé.

À partir de quand le corps brûle-t-il des graisses ?
Il utilise des graisses en permanence. Leur part augmente quand l’insuline baisse, souvent entre 12 et 24 heures de jeûne, avec de grandes variations individuelles.

Peut-on perdre du poids avec un jeûne de 24 heures ?
Une perte de poids immédiate correspond surtout à de l’eau et au contenu digestif. Les essais cliniques ne montrent pas de bénéfice supérieur à un conseil diététique classique sur le poids à long terme.

Pourquoi a-t-on mal à la tête pendant un jeûne ?
La baisse de la glycémie, le sevrage en caféine et la déshydratation sont les causes les plus évoquées. Ces céphalées apparaissent souvent après 16 heures de jeûne et disparaissent généralement après la reprise alimentaire.

Peut-on boire du café pendant un jeûne ?
Du café ou du thé nature ne contiennent presque pas de calories. Certaines personnes les tolèrent bien, d’autres non, notamment en cas d’anxiété ou de reflux.

Le jeûne de 24 heures est-il dangereux ?
Pour un adulte en bonne santé, il est généralement bien toléré. Il est déconseillé ou à encadrer médicalement en cas de grossesse, de diabète, de traitement, de maladie chronique ou d’antécédents de troubles du comportement alimentaire.


Conclusion

Un jeûne de 24 heures n’a rien de mystérieux : c’est une phase pendant laquelle le corps passe progressivement de l’énergie du dernier repas à celle de ses réserves. Ce qui l’entoure, en revanche, est souvent surestimé, notamment ses effets sur la perte de poids ou la santé à long terme.

Rien n’oblige à jeûner pour être en bonne santé. Pour celles et ceux que l’idée intéresse, mieux vaut s’y essayer avec prudence, à l’écoute de ses sensations, et sans y voir un test de volonté. Une alimentation variée, régulière et sans culpabilité reste une base solide.


À propos de cet article

Les informations présentées ici sont générales et ne remplacent pas un avis médical ou professionnel personnalisé. Il est préférable de consulter un médecin avant de jeûner en cas de grossesse ou d’allaitement, de diabète, de traitement médicamenteux, de maladie chronique, de faible poids, d’antécédents de troubles du comportement alimentaire, ainsi que pour un enfant ou un adolescent. En cas de vertiges importants, de malaise, de palpitations ou de confusion pendant un jeûne, il est recommandé de manger et de demander un avis médical si les symptômes persistent. En cas de difficulté avec l’alimentation, un professionnel de santé peut vous accompagner.


Sources

  • Garegnani L. et coll. Intermittent fasting for adults with overweight or obesity. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2026.
  • Zhong F, Zhu T, Jin X, et al. Adverse events profile associated with intermittent fasting in adults with overweight or obesity: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Nutrition Journal. 2024;23. doi:10.1186/s12937-024-00975-9.
  • Torelli P, Evangelista A, Bini A, Castellini P, Lambru G, Manzoni GC. Fasting headache: a review of the literature and new hypotheses. Headache. 2009;49(5):744-752.
  • Essai randomisé en double aveugle sur la prévention de la céphalée de jeûne lors du jeûne de Yom Kippour de 25 heures (2008). ClinicalTrials.gov, identifiant NCT00752921.
  • StatPearls. Physiology, Fasting. National Library of Medicine (Bookshelf).

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