Petit plaisir d’enfance ou réconfort d’adulte, ils concentrent surtout du sucre. Ce que disent les repères officiels, et ce que les études permettent réellement d’affirmer.
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Introduction
Un sachet entamé devant un film, une poignée piochée dans le bol d’un collègue, un paquet ouvert en voiture : les bonbons se mangent rarement un par un. Leur petite taille et leur côté ludique font qu’on perd facilement le fil de ce que l’on a avalé.
Première information utile : un bonbon est, pour l’essentiel, du sucre mis en forme. Il apporte de l’énergie et du plaisir, mais très peu d’autres nutriments. C’est ce qui explique que les recommandations de santé publique les placent parmi les produits à consommer occasionnellement.
Cela ne signifie pas qu’il faille les bannir. L’enjeu est plutôt de savoir combien de sucre ils représentent par rapport aux repères officiels, ce que les études montrent sur la santé dentaire, le poids ou le foie, et comment garder une place pour le plaisir sans que cela devienne une habitude quotidienne. C’est ce que fait cet article.
En bref
- Les bonbons sont des aliments très riches en sucres libres. Selon leur type, une poignée peut représenter une part importante de la limite de 25 g de sucres libres par jour proposée par l’OMS comme objectif idéal.
- L’OMS recommande de limiter les sucres libres à moins de 10 % de l’énergie quotidienne, soit environ 50 g pour 2 000 kcal, et suggère moins de 5 % pour des bénéfices supplémentaires. L’Anses retient un repère de 100 g de sucres totaux par jour, hors lactose et galactose.
- Le risque le mieux établi concerne les caries, qui dépendent aussi de la fréquence des prises. Pour le poids, l’effet passe surtout par l’énergie supplémentaire apportée.
- Les liens avec le foie et les pics de glycémie sont plus nuancés qu’on ne le dit souvent.
- Un bonbon de temps en temps n’a rien d’un problème en soi : c’est la régularité et la quantité totale qui comptent.
Comprendre le sucre des bonbons
Sucres libres, sucres totaux : de quoi parle-t-on ?
Deux notions coexistent, et on les confond souvent.
Les sucres libres, terme utilisé par l’OMS, regroupent les sucres ajoutés par les fabricants ou par le consommateur, ainsi que ceux du miel, des sirops et des jus de fruits. Ils n’incluent pas les sucres naturellement présents dans les fruits et légumes entiers ni dans le lait.
Les sucres totaux hors lactose et galactose, référence de l’Anses, comptent l’ensemble des sucres, y compris ceux des fruits. L’Agence précise que les données disponibles ne permettent pas de distinguer les effets sur la santé des sucres naturels de ceux des sucres ajoutés.
Les repères à connaître
| Organisme | Repère | Ordre de grandeur |
|---|---|---|
| OMS (2015) | Sucres libres : moins de 10 % de l’énergie | environ 50 g pour 2 000 kcal |
| OMS (2015) | Pour des bénéfices supplémentaires : moins de 5 % | environ 25 g, soit 6 cuillères à café |
| Anses | Sucres totaux hors lactose et galactose, adultes | pas plus de 100 g par jour |
L’Anses précise aussi de ne pas dépasser une boisson sucrée par jour. Selon ses données, 20 à 30 % des adultes et des adolescents en France dépassent 100 g de sucres par jour hors lactose et galactose.
Ce que cela change pour les bonbons
La teneur en sucres varie beaucoup selon le type : bonbons gélifiés, bonbons de sucre cuit, dragées, caramels, réglisses. Plutôt que de retenir un chiffre moyen, le plus fiable est de lire le tableau nutritionnel de l’emballage, ligne « dont sucres », en grammes pour 100 g puis en grammes pour la portion réellement consommée.
Un exemple de raisonnement : si une poignée de bonbons apporte une vingtaine de grammes de sucres, elle représente déjà l’essentiel de l’objectif idéal de l’OMS (25 g), mais reste loin de la limite de 100 g de l’Anses. Les deux repères ne répondent pas à la même question, ce qui explique que des messages en apparence contradictoires coexistent.
Ce que l’on sait des effets sur la santé
Les dents
Pourquoi c’est important. Les bactéries de la plaque dentaire transforment les sucres en acides, qui attaquent l’émail. Les revues menées pour l’OMS associent des apports plus faibles en sucres à moins de caries, avec un risque encore plus bas sous 5 % de l’énergie.
À garder en tête. La fréquence compte autant que la quantité : des bonbons grignotés tout au long de la journée exposent les dents plus longtemps qu’une même quantité mangée en une fois. Les bonbons collants restent plus longtemps au contact des dents, et certains bonbons acides peuvent en plus fragiliser l’émail. Un brossage avec un dentifrice fluoré matin et soir reste la base.
Le poids
Pourquoi c’est important. Les bonbons apportent des calories sans grande sensation de satiété, ce qui facilite d’en consommer plus que prévu.
À garder en tête. La méta-analyse de Te Morenga et coll. (BMJ, 2013) montre que, chez les adultes dont l’alimentation n’est pas strictement contrôlée, réduire les sucres s’accompagne d’une baisse de poids modeste d’environ 0,8 kg en moyenne. En revanche, remplacer des sucres par d’autres glucides à calories équivalentes ne change pas le poids. Autrement dit, l’effet passe surtout par l’énergie totale et non par une propriété « magique » du sucre. Les essais menés chez l’enfant n’ont pas montré de variation globale du poids, en partie à cause d’une faible adhésion aux conseils.
La glycémie
Pourquoi c’est important. Les sucres libres sont absorbés rapidement. Chez une personne en bonne santé, la glycémie augmente puis revient à son niveau sous l’effet de l’insuline : cette variation est normale.
À garder en tête. Pour une personne atteinte de diabète, la question se pose différemment et mérite l’avis de l’équipe soignante. Chez les personnes sans diabète, les données ne permettent pas de conclure qu’un bonbon occasionnel soit nocif en raison de la seule variation de glycémie.
Le foie
Pourquoi c’est important. Le foie traite le fructose présent dans le saccharose et le sirop de glucose-fructose, et un excès durable de calories peut favoriser l’accumulation de graisse hépatique.
À garder en tête. Une méta-analyse d’essais contrôlés (Chiu et coll., European Journal of Clinical Nutrition, 2014) a constaté que remplacer d’autres glucides par du fructose à calories égales ne modifiait pas les marqueurs hépatiques chez des personnes en bonne santé. Une hausse n’apparaissait qu’avec des apports très élevés de fructose, de 104 à 220 g par jour en plus de l’alimentation habituelle, un niveau sans commune mesure avec quelques bonbons. Les auteurs soulignent que l’effet pourrait venir de l’excès d’énergie plutôt que du fructose lui-même, et que les essais disponibles étaient petits et courts. Parler d’un « foie surchargé » par quelques bonbons va donc au-delà de ce que montrent les données.
Le plaisir et les habitudes
Pourquoi c’est important. Le goût sucré est apprécié dès la naissance, et les bonbons sont souvent associés à des souvenirs, des fêtes, du réconfort. Manger une sucrerie par plaisir n’a rien de répréhensible.
À garder en tête. Si l’envie de sucré devient très fréquente, difficile à contrôler ou associée à de la culpabilité, il peut être utile d’en parler à un professionnel de santé, sans jugement. Un cadre trop strict, fait d’interdits, n’aide pas toujours à retrouver une relation apaisée avec l’alimentation.
Ce que dit la science
Les repères officiels. Les lignes directrices de l’OMS de 2015 s’appuient sur des revues systématiques commandées pour l’occasion. La limite de 10 % de l’énergie repose sur des données jugées solides pour le poids et les caries. Le seuil de 5 % est une recommandation plus conditionnelle, fondée sur des données de moindre qualité, principalement dentaires. L’Anses, de son côté, formule un repère en sucres totaux, d’où les écarts entre les chiffres.
Poids. Dans la méta-analyse de Te Morenga et coll. (BMJ, 2013), 30 essais randomisés et 38 études de cohorte ont été retenus. Chez l’adulte, la réduction des sucres était associée à une perte d’environ 0,8 kg, sans effet lorsque les sucres étaient échangés contre d’autres glucides à énergie égale. Les auteurs concluent que, dans une alimentation libre, les sucres libres et les boissons sucrées sont un déterminant du poids. Les études de cohorte ne permettent pas à elles seules d’établir une relation de cause à effet.
Foie. La méta-analyse de Chiu et coll. (2014) a porté sur 13 essais regroupant 260 participants en bonne santé. Elle ne montre pas d’effet du fructose à énergie constante, mais une hausse de la graisse hépatique et d’une enzyme du foie (ALT) avec des surcharges importantes. Ses limites sont l’effectif réduit, la courte durée (quatre semaines au plus) et la qualité inégale des essais.
Association ou causalité ? Les personnes qui mangent beaucoup de confiseries consomment aussi, en moyenne, plus d’aliments transformés et d’énergie au total, et ont parfois d’autres habitudes de vie. Les études d’observation ne permettent donc pas d’attribuer à un aliment précis l’ensemble des différences de santé observées.
Les limites. Peu d’études portent sur les bonbons spécifiquement : la plupart concernent les sucres en général ou les boissons sucrées, dont les effets ne sont pas forcément identiques à ceux d’un aliment solide.
Conseils pratiques
Si vous souhaitez garder les bonbons dans votre alimentation sans qu’ils deviennent une habitude, quelques pistes :
- Vous pouvez commencer par lire le tableau nutritionnel de vos bonbons préférés pour savoir ce que représente une poignée.
- Une approche simple consiste à vous servir une portion dans un bol plutôt que de manger directement dans le sachet.
- Si cela vous convient, regroupez-les en fin de repas plutôt que de les grignoter dans la journée : cela limite le temps de contact avec les dents.
- Un fruit, une poignée d’oléagineux ou un carré de chocolat noir peuvent répondre à l’envie de sucré. Le chocolat noir contient lui aussi du sucre : il s’agit d’une option, pas d’un aliment « sans sucre ».
- Après des bonbons, un verre d’eau et un brossage environ une demi-heure plus tard sont de bons réflexes.
- Pour les bonbons « sans sucres », qui contiennent le plus souvent des polyols, une consommation excessive peut avoir un effet laxatif, comme l’indiquent les emballages.
- Pour un enfant, proposer les bonbons à des moments précis (goûter, fêtes) plutôt que comme récompense régulière aide à les ancrer comme un plaisir occasionnel.
Questions fréquentes
Combien de bonbons peut-on manger par jour ?
Aucun nombre officiel n’existe pour les bonbons. Les repères portent sur les sucres : moins de 10 % de l’énergie en sucres libres pour l’OMS, 100 g de sucres totaux (hors lactose et galactose) pour l’Anses. Le tableau nutritionnel permet de convertir ces repères en nombre de bonbons.
Les bonbons sont-ils mauvais pour les dents ?
Ils favorisent les caries, surtout lorsqu’ils sont consommés souvent et lorsqu’ils collent aux dents. Un brossage régulier avec un dentifrice fluoré limite le risque.
Les bonbons font-ils grossir ?
Ils apportent des calories sans rassasier beaucoup. Les études associent des apports élevés en sucres à une prise de poids, essentiellement par l’énergie supplémentaire. Un bonbon occasionnel n’a pas d’effet démontré en lui-même.
Les bonbons surchargent-ils le foie ?
Les effets sur le foie sont observés surtout avec de très gros excès calorique et de fructose, sur des périodes limitées. Des quantités modérées ne sont pas associées à ces effets dans les essais disponibles.
Les bonbons sans sucres sont-ils une meilleure option ?
Ils réduisent les sucres et sont moins défavorables pour les dents. Ils ne règlent pas l’envie de sucré et leurs polyols peuvent provoquer des troubles digestifs en excès.
Combien de sucre un enfant peut-il consommer ?
L’Anses indique des repères de sucres totaux hors lactose et galactose, de 60 g par jour pour les 4 à 7 ans et de 75 g pour les 8 à 12 ans. Une grande partie des enfants les dépasse.
Conclusion
Les bonbons ne sont ni un poison ni un aliment anodin. Ils sont un concentré de sucre dont la place dépend de la fréquence, de la quantité et du reste de l’alimentation. Les données les plus solides concernent les dents et l’énergie apportée, alors que les alertes sur le foie ou la glycémie sont à nuancer.
Plutôt qu’un interdit, une approche durable consiste à les inscrire parmi les plaisirs occasionnels, à connaître leur teneur en sucre, et à prendre soin de ses dents. Le reste de l’alimentation compte bien davantage que quelques bonbons de temps à autre.
À propos de cet article
Les informations présentées ici sont générales et ne remplacent pas un avis médical ou professionnel personnalisé. Il est préférable de demander conseil à un médecin ou à un diététicien en cas de diabète ou de prédiabète, de surpoids important, de maladie du foie, de grossesse, ou si l’envie de sucré s’accompagne de difficultés à contrôler son alimentation. Un chirurgien-dentiste peut aider en cas de caries fréquentes ou de sensibilité dentaire.
Sources
- Organisation mondiale de la santé. Guideline: Sugars intake for adults and children. 2015.
- Anses. Sucres dans l’alimentation : recommandations (100 g de sucres totaux par jour hors lactose et galactose), et rapport « Actualisation des repères du PNNS : établissement de recommandations d’apport de sucres », 2016.
- Te Morenga L, Mallard S, Mann J. Dietary sugars and body weight: systematic review and meta-analyses of randomised controlled trials and cohort studies. BMJ. 2013;346:e7492.
- Chiu S, Sievenpiper JL, de Souza RJ, et al. Effect of fructose on markers of non-alcoholic fatty liver disease (NAFLD): a systematic review and meta-analysis of controlled feeding trials. European Journal of Clinical Nutrition. 2014.
- Moynihan PJ, Kelly SA. Effect on caries of restricting sugars intake: systematic review to inform WHO guidelines. Journal of Dental Research. 2014;93(1):8-18.
- Fédération dentaire internationale (FDI). Déclaration de principe : réduction du sucre.
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